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lundi 3 novembre 2008

les retours trop difficiles

J'ai des cactus au coeur

de chaque épine provenant de ce pays

d'où ils sont revenus en bataille

d'où ils sont revenus mais pas tout à fait


J'ai des cactus au coeur

meurtri de chaque enfant qui ne reconnaît plus papa

blessé de chaque femme qui se donne à donner

coupable que je suis de me reconnaître en elles


J'ai des cactus au coeur

le sable dans son engrenage provient d'un désert de leurs émotions

émotions perdues dans ces chemins du combattant

perdues dans le retour inadapté


j'ai des cactus au coeur

de vous entendre vous déchirer

de sentir votre impuissance venir enrager la mienne

de pleurer vos larmes


J'ai des cactus au coeur

qui ne fleurissent pas

qui s'enracinent dans leur noirceur

de leurs habitudes de retrait


Vouloir un par un leur dire qu'on les aime mais qu'on en peut plus

Les secouer jusqu'aux os et en sortir quand même vainqueurs

Les replacer devant ces miroirs bosselés d'où ils ne se reconnaissent plus

Les empêcher de se morceler l'image


Entre nous

emprunter chacunes nos âmes et se dire que l'on se toucherait si l'on pouvait

cueillir nos forces et leur redonner

les empêcher de s'excuser d'exister


Je suis chacune d'elle, je suis toutes celles

Et vous êtes moi



jeudi 23 octobre 2008

Parti encore

Cette nuit même le vent hurle ton absence
la maison vibre de sa respiration
chaque fente ressent le vide, le froid
et moi je suis dans des draps noirs d'odeur

Le sommeil s'implique si peu
que mes jours en souffrent
tu n'es pas la et cela est toujours étrange
comme une bouffée d'automne qui perd ses couleurs

Ce n'est pas gris comme la mort
il s'agit simplement d'une vie en transparence
Comme un filigrane de mes heures
qui défilent lentement

Mes habitudes remplissent du mieux qu'elles le peuvent
les nuits humides et froides
les saisons se bousculent comme toujours
mes rêves en espèrent encore de nouvelles

Les tempêtes viendront encore fouetter mes murs
pendant que mes fenêtres frissonneront
et que sous les assauts du vide qui m'entoure
j'attendrai.

son retour

Leurs pas lourds même sans la cadence
Identiques
Courbés
Ils rentraient chez eux

Et nos âmes s'étiraient le cou dans l'espoir d'accrocher enfin le bon regard
Celui qui entre tous est familier
Celui qui ne peut être confondu, même enfoui sous l'uniformité sable
Identiques nous aussi dans l'impatience

Que je vous explique dans tous les mots ne servira à rien
Au delà de mille yeux l'on vu, plus de regards que l'on pourrait compter
Il fallait avoir vécu, cette attente fiévreuse, ce décompte cruel
pour saisir l'immortalité dans l'instant où les bras se resserrent

Aucune molécule n'aurait pu tenir entre nos peaux
L'air n'avait plus d'importance
Malgré la foule intense qui respirait
Chacun n'était que deux

L'instinct ne servait qu'à ce moment précis, n'avait d'autre raison d'être
Que de reconnaître le creux de son cou
Que de placer mes bras autour de ses épaules
Que de remettre son odeur sous mon nez
Malgré la foule intense, tous étaient deux
Deux qui ne formaient qu'un
Deux moitiés séparées qui se retrouvaient
Rien autour

mercredi 22 octobre 2008

pendant la mission

Deux cent dix soleils se sont levés et couchés
Sept lunes seront mortes puis revenues
Deux fois l'heure aura été changée
Pendant que tu es parti.

Mille heures éveillées malgré la nuit
Trois cent mille secondes sans ton odeur
Cherché huit cent fois ton corps dans notre lit
Durant ton absence.

J'ai rentré les vélos, il neige maintenant
j'ai été seule bien des fois
mais entourée très souvent
Parce que tu es parti.

Les petites ont poussé, mon fils est plus grand que toi
La fée des dents a passé, elles y croient encore
Mais elles savent aussi compter les mois
Depuis que tu n'es pas là.

Ne sois pas triste
j'en ai lu des journaux, j'en ai découpé des milliers
Pour chaque page noircie du sable de ton désert
Pour chaque homme regardant au loin sous ta lumière
Il n'y en avait pas un qui n'était pas toi

Pas un soir sans un reportage sur qui tu es, au loin
Pas une journée sans un appel: « Alors, comment il va? »
Ne sois pas triste j'ai eu du courage
Malgré chaque nuit où l'angoisse rampe jusqu'aux oreillers
Malgré chaque matin sans s'empêcher d'y penser
Pendant que tu dors là-bas.

Tu avais ceux qui veillaient sur toi à coup d'armes
avais celles qui riaient avec moi à coup de larmes
Tu dormais dans le sable et la poussière
Je vengais mots par dessus mots comme une prière
Ces secondes sans ton odeur
Ces minutes sans tes mots
Ces jours sans ton visage
Ces nuits sans tes bras
Ces semaines décomptées
Ces mois écoulés.

Bientôt tu reviendras.